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Un véritable parcours du combattant qui se solde souvent par un échec

L' orient le jour 05.08.2004

Un véritable parcours du combattant qui se solde souvent par un échec
Les enfants adoptés à la recherche de leurs origines libanaises

 

Emil Gustafsson est né le 7 août 1978 et a été adopté en janvier 1979 par un couple mi-danois, mi-suédois. Dans le cadre de sa quête de ses parents, il a participé à une émission 
sur une télévision 
libanaise.

 

Pascale Picard Porhel est née à Beyrouth le 15 août 1968 sous le nom fictif de Myriam Haffar. Ce n’est qu’en 1969 qu’elle est abandonnée à la crèche Saint-Vincent-de-Paul, et en mai 1970 qu’elle est adoptée par des Français.

Ils s’appellent Daniel Drennan, Laurencia Gouasdoué, Nathalie Broden-Barbareau, Madeleine Christinaz, Pascale Porhel, Arjen Kamsteeg, Marie-Hélène Le Moal, Emil Gustaffsson, Fabienne Buhl, Sylvie Popelin ou François Denoyers. Leurs noms ne vous diront rien. Ils sont français, britanniques, suédois, suisses, hollandais, canadiens ou américains. Mais les porteurs de ces noms ont tous une chose en commun : ils sont nés au Liban, il y a vingt, trente ou quarante ans, de parents libanais, du moins le pensent-ils. C’est à partir d’un e-mail, envoyé à L’Orient-Le Jour par Daniel Drennan, que nous avons pu nous mettre en contact avec eux, par téléphone ou par messagerie électronique.
Dès leur plus tendre enfance, comme des centaines d’enfants nés au Liban, généralement de , ils ont été à la porte de la crèche et pris en charge par les religieuses, avant d’être adoptés par des couples étrangers.
La chance d’avoir été adoptés, d’avoir reçu l’amour, l’éducation, le confort matériel. Ils la reconnaissent tous, indéniablement. Mais ils n’en ressentent pas moins cette souffrance, propre à tous les enfants abandonnés, d’avoir été rejetés par leurs géniteurs, de ne pas savoir à qui ils ressemblent, de ne pas comprendre pourquoi ils ont été abandonnés.
Leur bonne adaptation à leur famille et à leur pays d’, leur vie bien remplie, ne les ont pas empêchés de chercher par-dessus tout à renouer avec le Liban afin d’y retrouver leurs origines, leurs familles, leurs mères surtout. D’autant qu’ils veulent comprendre les raisons qui ont poussé ces dernières à se défaire d’eux, à les rayer de leur vie. Mais au , c’est à un mur qu’ils se sont heurtés. Car, à part de rares exceptions, rien ni personne ne peut les aider à retrouver leurs parents biologiques. Sœur Agnès, la mère supérieure de la, qui les avait recueillis lorsqu’ils venaient de naître, et qui était la mémoire vivante de l’institution, n’est plus de ce monde.
Sur les registres de ces enfants abandonnés, des noms d’emprunt, souvent inventés, donnés aux enfants par les religieuses soucieuses de leur donner une identité, mais qui ne permettent en aucun cas de retracer une appartenance familiale quelconque. D’ailleurs, à l’époque, les religieuses étaient tenues de protéger les filles-mères, dont la grossesse non désirée devait être tue et cachée de la famille, du clan. Ces filles, soucieuses de s’éviter la honte d’une grossesse extraconjugale, incapables de se faire avorter par manque d’argent, ou refusant de le faire pour des considérations religieuses, n’avaient souvent d’autre choix que de fuir ainsi les foudres familiales ou claniques. Elles craignaient d’être victimes de ces crimes d’honneur perpétrés par les pères ou frères de celles qui ont sali l’honneur de leur famille en entretenant des relations amoureuses hors mariage.
Dans les témoignages de ces « enfants adoptés » transparaît la souffrance de l’enfance abandonnée, de la recherche sans issue, des questions sans réponses. Les émotions jaillissent, dans les mots, dans les textes. Les voix s’emplissent de larmes. Difficile pour ces hommes et ces femmes d’une quarantaine d’années, d’accepter de tourner la page sans avoir reçu les informations recherchées, au terme d’un voyage au Liban. Difficile pour ces personnes, au type méditerranéen et qui revendiquent tout haut leurs origines libanaises, de se sentir chez eux, dans ce pays aux mœurs si différentes de leur pays d’adoption, où le droit à la reconnaissance des origines n’existe pas.
Nous n’avons pas la prétention de vouloir aider ces personnes, qui ont formé Du moins pouvons-nous leur donner la parole, mais aussi sensibiliser l’opinion libanaise à la souffrance qu’ils vivent au quotidien et aux interrogations qui jalonnent leur existence. Ces témoignages, ainsi que l’objectif de l’association qu’ils ont formée, constitueront la première partie de notre dossier. La loi libanaise concernant l’adoption, ainsi que l’avis de pédiatres et des religieuses de la crèche Saint-Vincent-de-Paul, seront exposés dans une seconde partie.

I - Témoignages - « Il est difficile de savoir où l’on va quand on ne sait pas d’où l’on vient »
Une interrogation lancinante : « Pourquoi maman m’a-t-elle abandonné ? »

La démarche de ces « adoptés » vient d’un désir profond de retrouver « leurs racines » libanaises, ou des connexions leur permettant de récolter ne serait-ce que des bribes d’informations concernant leurs origines, leurs familles et plus particulièrement leurs mères biologiques. Ce désir, ils le ressentent en eux depuis toujours, malgré l’amour qu’ils ont reçu de leurs parents adoptifs. Leur équilibre personnel en dépend d’ailleurs. Taraudés par l’obsession de retrouver leurs mères, mais aussi de comprendre les motivations qui ont poussé celles-ci à les abandonner, ils ont fait le voyage au Liban plusieurs fois, ont frappé à toutes les portes, celles des crèches, des hôpitaux, des maternités, des pédiatres, des avocats, avant de se rendre à la triste évidence que leur recherche n’avait que de minces chances d’aboutir, par manque de structures. D’autres n’ont ressenti le besoin d’entreprendre cette démarche qu’après avoir eu des enfants, au fil des années. Certains ne sont jamais allés plus loin que la recherche d’une simple information, par Internet. Chez les uns et les autres, le souci de ménager leurs parents adoptifs domine, des parents qu’ils aiment très fort et qu’ils ne voudraient blesser en aucun cas, malgré l’incompréhension qui s’installe parfois.
« Il est difficile de savoir où l’on va quand on ne sait pas d’où l’on vient » : c’est en ces termes que Nathalie Broden-Barbareau, née en 1965 et adoptée par des parents français à l’âge de 10 jours, résume son désir d’en savoir plus sur ses origines, d’enquêter, de chercher, comme tant d’autres hommes ou femmes, aujourd’hui adultes, qui ont souffert de l’abandon. Ces personnes sont partagées entre le sentiment de reconnaissance vis-à-vis de leurs parents adoptifs et le désir, qui les hante, de retrouver leurs parents biologiques, et plus particulièrement leur mère, ou de découvrir le moindre indice qui les aiderait dans leur recherche. Une mère à laquelle ils n’en veulent pas, mais dont ils voudraient tant comprendre les motifs. Peut-être était-elle trop pauvre et sans ressources ? Peut-être a-t-elle été obligée d’abandonner son enfant pour avoir la possibilité de refaire sa vie ? Peut-être était-elle effectivement une femme de mauvaise vie ?

Que de questions sans réponses
« C’est surtout à ma mère que je pense », observe Madeleine Christinaz, née en 1967 et adoptée 4 mois après sa naissance par un couple suisse. « Mon père, j’y pense peu. Je me demande sans cesse dans quelles circonstances il m’a abandonnée », poursuit-elle.
Les scénarios se multiplient dans l’esprit des « adoptés », comme pour excuser le geste commis par leur mère. Ce qu’ils ne veulent surtout pas, c’est condamner le geste de cette dernière, même si celui-ci est irréparable, même s’ils ne le comprennent toujours pas. « Il est si facile de condamner, de blâmer, d’en vouloir à quelqu’un, remarque Mme Broden-Barbareau. Mais il est malhonnête de rendre quelqu’un responsable. Ce qu’il faut par-dessus tout, c’est faire face. D’ailleurs, chacun de nous n’a-t-il pas sa croix à porter ? »
Daniel Drennan, lui, est moins catégorique. à trois semaines par des parents américains, il déclare respecter les décisions, de part et d’autre : « Tant celle de m’abandonner que celle de m’adopter, dit-il. Et puis, qui sait ce qu’aurait été ma vie si je n’avais pas été adopté ? »
Les retrouvailles ? Ils en imaginent souvent le scénario, même s’ils savent que les chances de retrouver un jour leurs parents sont minces. Un scénario idéalisé, surtout dans les moments de tristesse. « C’est surtout à mon anniversaire que j’imagine des retrouvailles avec ma mère, lance Nathalie Broden-Barbareau. Si cela arrive, j’aurais peur qu’elle me rejette. Mais je ne lui en veux pas. Je pense que j’ai même la capacité de l’aimer. J’ai gardé pour elle une place dans mon cœur. Et si elle a refait sa vie, je serais discrète, pour que sa famille ne sache rien de son passé », ajoute-t-elle, avec une note d’espoir.
Idyllique pour certains, ce scénario des retrouvailles constitue un véritable risque pour d’autres. Conscient du danger que représente pour lui le fait d’imaginer une rencontre éventuelle avec ses parents, Daniel Drennan se refuse à s’inventer un scénario aussi romancé. « Je réalise le fossé culturel qui nous sépare aujourd’hui, car j’ai grandi dans une autre région du monde. C’est pourquoi je suis persuadé que ma rencontre avec mes parents biologiques pourrait répondre à mes questions, mais ne changera pas grand-chose à ma vie. Et puis ma famille adoptive est si aimante et si attentionnée », note-t-il.

Les noms empruntés, un véritable choc
Pour les « adoptés » du Liban, de nombreuses questions resteront donc sans réponses. Les recherches qu’ils ont entreprises, ils les ont ont commencées à partir de la crèche qui les a hébergés, en l’occurrence pour la majorité des personnes qui témoignent ici. En effet, dès le début de leur investigation, une immense déception les attendait systématiquement. Une déception qu’ils décrivent tous comme un véritable choc et qui les a rendus suspicieux à l’égard des religieuses elles-mêmes ou de toute autre personne qui prétendait leur fournir une information sans preuve.
Inscrits à la crèche sous des noms de famille d’emprunt, visiblement inventés de toutes pièces – genre Malou ou Sarem – ils réalisent soudainement qu’ils ne disposent d’aucun indice qui leur permette d’aller de l’avant. D’autant que la supérieure qui les avait hébergés, sœur Agnès, et qui aurait pu les aider dans leur recherche, est, depuis, décédée. « À la lecture de mon certificat de naissance où figuraient des noms fictifs, tous mes espoirs de retrouver mes origines se sont envolés », raconte Pascale Porhel. Inscrite sous le nom libanais de Myriam Haffar, nom inconnu au Liban, la jeune femme, née en août 1968, n’a eu aucun indice lui permettant de continuer ses recherches.
D’autres ont refusé de s’arrêter là. Malgré sa déception, après consultation de son dossier à la crèche, Madeleine Christinaz a tenu à poursuivre ses investigations. Frappant à différentes portes, elle a même consulté les archives des hôpitaux et contacté des journalistes, avant de se rendre à l’évidence qu’avoir un enfant hors mariage au Liban était un sujet tabou.
Pour Emil Gustaffsson, aujourd’hui âgé de 25 ans et adopté en 1979 par des parents suédois qu’il adore, le scénario était inlassablement le même. Sa recherche, une véritable obsession au départ, l’a même mené à témoigner sur une chaîne libanaise de télévision. Malgré la solidarité dont il a bénéficié, il n’a jamais pu aboutir à un résultat. Désorienté au départ, il envisage aujourd’hui l’avenir avec plus de sérénité. « Il faut dire que je ne m’attendais pas à grand-chose, précise-t-il. Et je garde de mes voyages au Liban un souvenir inoubliable. »

Un manque qui empêche d’aller de l’avant
La quête des parents biologiques, les femmes en ressentent le besoin à partir du moment où elles deviennent elles-mêmes mères. Les hommes, eux, s’y lancent, comme une étape nécessaire de leur vie.
Même s’il craint que ses recherches n’aboutissent pas, car l’orphelinat n’a gardé aucun registre le concernant, Daniel Drennan tient à les poursuivre et envisage même de venir habiter bientôt au Liban pour quelque temps. Car il sait qu’il pourrait regretter un jour de ne pas l’avoir fait.
Arjen Kamsteeg, adopté en 1976 par des parents hollandais, par l’intermédiaire du révérend Ibrahim Khalil Chemayel, est tout aussi déterminé. « Chaque fois que j’essaie de poursuivre mes recherches, je me heurte à des réponses évasives. Mais je persévère et espère un jour trouver la vérité, non seulement pour moi-même, mais pour que tous les enfants adoptés du monde puissent un jour retrouver leurs parents », dit-il
Ces investigations ne seraient-elles pas tout simplement une perte de temps ? Pour l’ensemble des adoptés, elles résultent d’une véritable obsession d’en savoir plus, car ils voudraient tant combler ce manque, ce trou dans leur vie qui les empêche de vivre, d’avancer.
« Tant que je vivrai, de nombreuses questions me hanteront et j’ai l’impression qu’elles m’empêchent parfois d’avancer », observe Madeleine Christinaz. Comme elle, d’autres enfants, abandonnés par leurs parents, sentent que ces interrogations, ce manque dans leur vie, les empêchent d’aller de l’avant. Il en est de même pour Sylvie Popelin qui n’arrive pas à trouver d’équilibre ni même d’identité, malgré l’amour qu’elle a reçu de ses parents adoptifs. « Je ne sais pas qui je suis, dit-elle. Je n’arrive pas à me stabiliser professionnellement. Je n’avance pas. J’ai besoin d’en savoir plus. » D’ailleurs, malgré un suivi psychologique, la jeune femme, aujourd’hui mère de famille de 26 ans, n’arrive toujours pas à combler ce trou dans sa vie. « C’est très dur de trouver sa place quand on est adopté », constate-t-elle.
À force de volonté, d’autres réagissent mieux, ou alors se lancent des défis, juste pour montrer qu’ils sont capables de combler ce manque. « Un suivi psychologique m’aurait beaucoup aidée, estime Nathalie Broden-Barbereau. J’étais, certes, orgueilleuse, mais seule ma force de caractère m’a permis de m’en sortir. »
Une chose est certaine. Tous les enfants abandonnés du monde gardent en eux des séquelles, plus ou moins bien gérées. Mais au terme des recherches, qu’elles aient abouti ou non, les adoptés natifs du Liban que nous avons pu contacter se sentent plus sereins, retrouvent malgré tout un certain équilibre, d’autant plus qu’ils sont heureux d’avoir découvert leur patrie d’origine, le Liban, auquel ils vouent un attachement indélébile. Même s’ils réalisent qu’ils ont quelque part idéalisé ce pays aux mœurs si différentes de leurs pays d’adoption, même s’ils ressentent une certaine déception de n’être pas considérés par les Libanais comme tels, ils éprouvent le sentiment d’avoir accompli quelque chose et continuent d’espérer, au plus profond d’eux-mêmes, retrouver leurs parents biologiques.

L’équilibre retrouvé en dépit de ce manque qui vous habite

Alexandrine, née en 1965, adoptée par des parents français en 1969, a longtemps cherché sa famille biologique au Liban. Désormais, elle ne cherche plus, du moins pas activement, freinée par le manque de structures lui permettant de retrouver sa famille. « Il est important d’initier la quête, mais il faut s’en sortir, à un moment donné », dit-elle. C’est en paix avec elle-même qu’elle vit aujourd’hui, installée au Liban depuis 16 mois. Mais elle évoque sa souffrance, son isolement, ce mal-être inconscient qui la poussait à avoir besoin de communiquer avec tous ceux qui sont dans son cas. « Cela rapproche et soulage », constate-t-elle. Elle parle aussi de cette révolte contre les religieuses qui l’a longtemps habitée : « Je les rendais responsables de mon éloignement de mon pays natal », dit-elle. Un éloignement qu’elle n’a jamais accepté, même si elle reconnaît avoir été adoptée par des parents « super ». Des parents auxquels elle reproche néanmoins d’avoir changé son prénom, son identité, tirant ainsi un trait sur son passé, sur ces quatre années passées à la crèche. « Ils n’ont pas compris que je voulais savoir », dit-elle. « Ils m’ont appelée Alexandrine alors que je m’appelais Nelly Siham. » D’ailleurs, ce prénom, la jeune femme le revendique encore. Car il pourrait être le lien entre elle et sa famille naturelle. Refusant d’être l’enfant idéal dont rêvait ses parents, Alexandrine s’est longtemps rebellée : « Je n’avais pas les yeux bleux comme eux, je n’étais pas BCBG comme ils voulaient que je le sois. Je donnais des surnoms à ma mère, plutôt que de l’appeler maman. Elle en a souffert. Était-ce volontaire de ma part ? »
Ce n’est qu’à partir du moment où sa famille adoptive a compris son désir de rechercher ses origines qu’Alexandrine est redevenue « l’enfant idéal », tant désiré par ses parents. « Pour eux, c’était un crève-cœur de me voir effectuer ces recherches, mais ils m’ont soutenue. » Cette relation tumultueuse a finalement évolué pour devenir un véritable amour partagé et sincère entre la jeune femme et ses parents. « Je peux, à présent, parler de ma mère adoptive en l’appelant maman », dit-elle.
Progressivement, après avoir réalisé que la quête de ses origines était un sujet tabou au Liban, Alexandrine a été capable d’évoluer, grâce à ses parents adoptifs et aux religieuses de la crèche. Mais entre-temps, le seul moyen a été de médiatiser sa recherche et de faire un appel à témoin sur une chaîne télévisée libanaise. Aujourd’hui, elle écrit et tente d’évoluer professionnellement, heureuse d’avoir trouvé un certain équilibre, même si, quelque part, ce vide du passé a laissé des cicatrices.
Elle voudrait surtout faire avancer les choses, pour que les enfants adoptés puissent, un jour, mieux vivre le mystère de leur naissance.

L’Adeal, une association d’entraide

a été créée en 2002, à l’initiative de cinq personnes, dont Laurencia Gouasdoué qui en est l’actuelle présidente. L’objectif de l’association est de favoriser les contacts et les rencontres entre les adoptés du Liban, qu’ils viennent de la crèche Saint-Vincent-de-Paul, des sœurs du Bon Pasteur ou d’ailleurs. L’Adeal tente aussi de soutenir dans leurs démarches les personnes en quête de leurs origines. 
Aujourd’hui, près de 70 adoptés natifs du Liban entretiennent, grâce à l’association, des relations plus ou moins régulières. La majorité d’entre eux vient de la crèche Saint-Vincent-de-Paul et est établie en France, en Suisse et aux États-Unis.
«Depuis la fin de la guerre, nous écrit Laurencia Gouasdoué, nous sommes de plus en plus nombreux à retourner au Liban, visiter notre pays d’origine, découvrir la crèche et les religieuses qui ont su nous accueillir les premières semaines ou les premiers mois de notre vie. C’est aussi un besoin vital qui nous anime lors de ce retour : retrouver nos origines, connaître notre mère biologique, savoir les circonstances exactes de notre abandon. C’est une plaie qui ne se cicatrise pas, cette privation de notre histoire, cette absence d’informations sur les quelques jours de notre vie qui précèdent l’accueil à l’orphelinat. Beaucoup d’entre nous éprouvent un sentiment de vide. Bien sûr, on sait que nos parents adoptifs ont eu recours à une filière légale pour nous adopter, mais que savons-nous d’autre ? Rien. L’histoire se résume en peu de choses dans un dossier. Quelques pièces administratives, un jugement de tribunal ecclésiastique. Parfois un courrier des religieuses ou des parents adoptifs apporte une touche d’émotion à la sécheresse administrative. Et pourtant, combien d’attentes de notre part, combien de questions qui nous taraudent souvent en secret. L’association est là, pour libérer la parole, pour apporter les premières informations sur la crèche, les conditions d’abandon, mais aussi sur le Liban. »

originesliban@yahoo.fr
laurencia67@hotmail.com


http://liban.viabloga.com/

 

 

Marie-Hélène le Moal a retrouvé sa mère biologique grâce à son frère autiste. 
Mais la déception est immense. On la voit ici avec ses deux enfants.

Retrouver sa mère biologique : bonheur et déception

Marie-Hélène le Moal fait partie des rares personnes dont les recherches pour retrouver ses parents biologiques ont abouti. De passage au Liban l’année dernière, après 29 ans passés en France, elle a retrouvé sa mère au bout de deux jours, « une femme éduquée, trilingue, qui semble assez aisée », selon la jeune femme. « Une femme à laquelle je ressemble, dit-elle avec fierté. C’est grâce à mon frère autiste, abandonné comme moi, que les religieuses de la crèche se sont souvenues de ma mère », précise-t-elle. Et d’ajouter : « Cela fait plaisir de connaître enfin ses racines, même si la vérité est parfois dure. »
Marie-Hélène parle du bonheur des retrouvailles, mais elle évoque aussi les différentes versions des circonstances de son abandon que lui a racontées sa mère biologique sans jamais lui dire la vérité. La jeune femme apprend d’abord que sa mère la croyait mort-née, puis que son père biologique avait forcé cette dernière à abandonner sa fille. « Je désespère de connaître la vérité, regrette Mme Le Moal. J’ai bien essayé de lui poser les questions qui me hantent. J’ai tout fait pour lui tirer les vers du nez, mais chaque fois, elle m’a raconté quelque chose de différent. »
Aujourd’hui, alors que la jeune femme est retournée en France, les conversations téléphoniques entre elle et sa mère se limitent souvent à des banalités : « Elle me parle de la pluie et du beau temps, alors que j’ai besoin d’un réel échange entre nous, déplore Marie-Hélène le Moal. D’ailleurs, elle ne me contacte jamais si je ne l’appelle pas moi-même. Et pourtant, se console la jeune femme, ma mère semblait heureuse de me voir. Et moi, je voulais tellement savoir qui m’a donné la vie, surtout à partir du moment où j’ai moi-même eu des enfants. »
Mûrie par son expérience, Marie-Hélène le Moal ne cache pas sa déception. « Je me sens prête à tirer un trait sur elle, car je l’ai retrouvée, et désormais, l’obsession et l’angoisse qui me hantaient ont disparu ».
Quant à l’amour qu’elle porte à ses parents adoptifs, il n’a rien perdu de son intensité. « On ne peut pas remettre en question l’amour pour ses parents adoptifs parce qu’on a deux mères. Aujourd’hui, j’ai une mère biologique, mais c’est vers ma mère adoptive que je me tourne lorsque j’ai des soucis », conclut-elle.

Dossier réalisé par Anne-Marie EL-HAGE

     
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laurencia

laurencia - le 25-04-16 à 13:12 - #

 


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