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Ces Libanais contraints de se marier à l'étranger

OUEST FRANCE du 28.11.2003

Ces Libanais contraints de se marier à l'étranger

Dix-sept communautés religieuses cohabitent au Liban. Dans ce pays où le mariage civil n'existe pas, l'union de deux personnes de confession différente oblige l'une des deux à renier sa religion. L'autre solution : convoler à l'étranger. Ziad et Leila se sont mariés civilement sur l'île voisine de Chypre.

C'est ainsi que Leila et son compagnon, Ziad Moussa, se sont retrouvés à la mairie d'Ayia Napa, une petite ville sur la côte Est de Chypre. Ils se sont passé la bague au doigt à 200 kilomètres de Beyrouth, sans s'unir devant Dieu, bien que croyants tous les deux. Un choix pleinement assumé : « Le mariage civil est plus moderne que le mariage religieux, estime Leila. Surtout pour les femmes musulmanes. Si je m'étais mariée selon ma confession, je n'aurais pu, par exemple, hériter que d'un huitième des biens de mon mari, en cas de décès. »

Reste que la démarche du jeune couple s'apparente à un parcours du combattant. Il a d'abord fallu convaincre les deux familles. Dans un pays où tout est régi par la religion, où les traditions pèsent lourd dans la vie quotidienne, pas facile de faire passer l'idée d'un mariage non religieux. « Mon père n'était pas d'accord, au début, se souvient Leila. Il avait peur de la réaction de sa famille qui n'est pas très ouverte. » Quant aux parents de Ziad, « quoique plutôt laïcs, ils ont eu du mal à accepter cette décision. La pression sociale était trop forte ».

Une fois franchi l'obstacle familial, le couple a dû affronter de longues démarches administratives. D'abord, élire un pays qui officialiserait son union. Puis se procurer des visas. Pour Ziad et Leila, Chypre représentait l'endroit rêvé. Pas trop loin, pas trop cher. L'île a, de plus, l'avantage d'être jolie, ce qui permet de jumeler mariage et voyage de noces. Les mairies chypriotes sont rodées ; le business du mariage civil y est bien huilé. A tel point que, souvent, des employés de mairie font office de témoins et de photographes des couples non accompagnés.

Après avoir réuni l'argent ­ un mariage à Chypre coûte entre 850 et 1250 € ­ Ziad et Leila se sont envolés pour quatre jours avec les parents de la jeune femme, ses frères, les témoins et un des oncles de son mari. « Le deuxième jour, nous nous sommes présentés à la mairie à 9 h. Nous avons payé, donné nos papiers, puis nous sommes revenus à 11 h 30, en costumes, pour la cérémonie. » Elle a duré « deux minutes cinquante », sourit Leila.

Simple formalité, donc. A Chypre. Mais une fois rentrés au pays, les couples mariés à l'étranger ne sont pas à l'abri de complications judiciaires. Si leur union est bien homologuée par l'État libanais, ils continuent de dépendre de la loi chypriote pour tout ce qui touche à l'héritage, au divorce... Pour mettre fin à cette situation complexe, Elias Hraoui, président de la République libanaise de 1989 à 1998, avait envisagé une loi sur le mariage civil. Son argumentaire faisait vibrer la fibre nationaliste : « Quand il y a un conflit au sein du couple, le juge applique la loi étrangère 'Au nom du peuple libanais' ! » Son projet de loi croupit toujours dans les archives de l'Assemblée. Faire glisser le mariage aux mains des autorités civiles représentait une menace pour les intérêts des chefs religieux. « Ils auraient perdu de leur influence, de leur pouvoir, analyse Ogarit Younan, sociologue et présidente du Mouvement pour les droits humains, une association libanaise qui milite pour le mariage civil. Ils auraient également perdu de l'argent car les mariages leur en rapportent beaucoup. Et puis, les extrémistes avaient peur de la laïcisation de la société. »

C'est bien là le noeud du problème : pour une société où, depuis 1936, chacune des dix-sept religions applique sa propre loi et possède ses propres tribunaux, la pilule est dure à avaler. Ziad et Leila reconnaissent que leur démarche s'apparente à « un acte militant ». Ils habitent Beyrouth, gagnent correctement leur vie, fréquentent des milieux intellectuels : c'est le profil type de ces 'mariés de l'exil' dont le nombre est impossible à connaître. Une prise de distance vis-à-vis de leur culture familiale qu'ils continuent d'assumer dans le mariage : Ziad et Leila s'étaient mis d'accord pour donner à leur premier enfant un prénom ni chrétien ni musulman. « Quand nous avons appris que Leila attendait un garçon, nous avons décidé qu'il s'appellerait Ramzy, se rappelle Ziad. Ma mère a fondu en larmes parce que, dans la tradition chrétienne orthodoxe, le premier bébé doit porter le prénom de son grand-père. Après de longues discussions, elle m'a convaincu de l'appeler Georges. Il a ensuite fallu convaincre Leila qui, à son tour, a fondu en larmes... comme ses parents. » Dans quelques jours, le petit Georges devrait ouvrir les yeux sur un monde bien compliqué : « Quelle histoire absurde pour nommer un nouveau-né ! »

 

 

 

 

 

BEYROUTH (correspondance). ­ « Je suis musulmane, il est chrétien ; pour l'épouser, j'aurais pu me convertir à sa religion, mais je n'étais pas prête pour ça. » Leila, 33 ans, résume en une phrase le problème qui se pose aux couples mixtes au Liban. Le simple mariage civil n'existant pas au Pays des cèdres (pas plus, d'ailleurs, qu'en Israël ou en Syrie, ses voisins), l'alternative est simple : soit l'un des deux adopte la religion de l'autre, soit les futurs époux optent pour le mariage civil dans un pays où la loi le permet.
     
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