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Mon témoignage dans le magazine Noun 2004

Les liens du sang sont-ils indissolubles? Quel est ce mystère qui pousse presque immuablement un enfant adopté à se mettre à la recherche de ses origines? Pour lui, la suppression de son identité d'origine est souvent source de souffrance. Et même si la filiation adoptive est bien vécue, la filiation biologique et surtout la quête de la mère l'obsèdent souvent. Laurencia est une jeune femme adoptée au Liban et qui vit en France. A travers Noun, elle voudrait essayer de retrouver sa mère. Vous pouvez peut-être l'aider.

Début juin, la rédaction de Noun recevait ce message de Laurencia, une lectrice en ligne de Noun, que nous reproduisons: "Voici un an était publié dans Noun, à la rubrique Enquête, un reportage sur les enfants illégitimes et les mères célibataires au Liban. L'article m'a beaucoup intéressée dans la mesure où je suis une enfant née au Liban, abandonnée et adoptée en France. Nous sommes plusieurs en France à venir du Liban. Comme d'autres adoptés du Liban (mais pas tous), je recherche mes origines. Hélas, dans nos dossiers nous n'avons aucun élément sur nos mères! Comment les retrouver? Où les rechercher? Nous ne voulons pas les déranger; nous espérons qu'elles ont refait leur vie. Mais nous voulons juste connaître notre histoire, nos origines, mettre un visage sur cette femme qui nous a portés pendant 9 mois et qui a été obligée de nous confier à l'adoption. Lui dire qu'on ne lui en veut pas, qu'on aimerait la voir au moins une fois. Que faire pour retrouver nos mères au Liban? Comment les convaincre de se manifester (même discrètement)? Dans l'attente d'une réponse de votre part, cordiales salutations de France." Emus par la détresse de Laurencia, nous sommes entrés en contact avec elle et, d'un commun accord, la décision de publier son témoignage dans Noun a été prise. Laurencia l'a écrit dans l'espoir qu'un indice, une date ou une ressemblance physique l'aideraient à retrouver sa mère. Voici, avec ses mots, son histoire.

"Mon désir de retrouver ma mère est né pendant ma grossesse"
"Je suis née le 17 septembre1967 à Beyrouth, au Liban. J'ai été recueillie le 19 septembre 1967 à la crèche Saint-Vincent de Paul, à Achrafieh. Où suis-je née exactement? D'après la crèche, peut-être à la Maternité française, qui n'existe plus aujourd'hui... Mais comment en être sûre? Je suis restée à la crèche jusqu'au 28 novembre1967, puis j'ai été adoptée par une famille française. Ne possédant aucune identité, ce sont les sœurs Agnès et Louise qui, conformément à la loi libanaise, m'ont déclarée à Rmeil, m'offrant ainsi une identité: Laurencia Daroub, un passeport et la possibilité d'être adoptée. J'ai toujours su que j'avais été adoptée, mes parents adoptifs ne me l'ayant jamais caché. Pourtant, nous en parlions peu avec mes parents et mon frère qui, lui aussi, vient de la crèche. J'ai vécu en région parisienne et à Paris avec ma famille adoptive sans me poser trop de questions sur mes origines, car j'ai toujours pensé que mes parents biologiques étaient morts du fait de la guerre. Ayant toujours entendu ce discours, mon frère et moi n'avions alors jamais cherché plus loin. Jusqu'au jour où je me suis mariée et que j'ai eu des enfants (des jumeaux). Dès lors, j'ai ressenti le besoin de connaître mon pays d'origine, le Liban, et surtout celui de retrouver ma mère biologique, elle qui m'avait portée neuf mois, dont je ne connais ni le nom, ni l'âge, et qui avait sûrement dû m'abandonner pour d'autres raisons que la guerre qui, en 1967, n'avait pas encore débuté. En réalité, mon désir de retrouver ma mère est né pendant ma grossesse. Le fait d'être maman à mon tour a fait ressurgir avec douleur le traumatisme de l'abandon. Porter un enfant (deux dans mon cas) et donner la vie est une expérience unique. Toute maman se pose une multitude de questions, souhaite partager ce vécu avec sa propre mère. Dans mon cas, il y avait une mère adoptive qui n'a jamais porté d'enfant, et une mère biologique qui n'a pas pu me garder à ses côtés. Deux façons d'être mère qui ne correspondaient pas à ce que je vivais et nourrissaient les interrogations: comment ma mère biologique avait-elle vécu sa grossesse? Que représentait pour elle cette chair de sa chair, cette enfant qu'elle portait? Comment et pourquoi peut-on abandonner son enfant? Quel âge avait-elle?"

"Avec mon mari, j'ai entamé des recherches"
"Donner la vie, c'est croire en l'avenir. C'est aussi s'inscrire dans la succession des générations, poursuivre une histoire familiale. Aujourd'hui, je suis privée d'une partie de mon histoire, de cette mémoire familiale (qui est aussi celle de mes enfants). A l'image d'une personne qui serait amnésique, je n'ai que des questions sans réponses. Sans mémoire il n'y a pas d'identité. Qui suis-je véritablement au-delà de l'état civil que l'on m'a donné? La réponse est un gigantesque point d'interrogation. En mars 2000, après la naissance de mes enfants, le besoin de connaître mes origines était encore conforté. Les remarques qui émeuvent tous parents, sur la ressemblance des bébés avec tel ou tel membre du cercle familial, devenaient pour moi autant de blessures. Et moi, à qui je ressemble? J'étais sans cesse confrontée à l'ignorance de mes origines. L'ignorance qui est alors une forme de souffrance terrible. Quelques semaines plus tard, je commençais mes recherches: contacts avec la crèche, voyage devenu indispensable dans mon pays d'origine pour tenter d'apaiser mes angoisses, retrouver un peu de sérénité. Alors, avec mon mari, j'ai entamé des recherches. Nous avons appris que la crèche existait toujours, au même endroit, alors que j'avais toujours pensé qu'elle avait été détruite pendant la guerre. Nous avons donc entrepris de faire le voyage vers cette terre qui me paraissait si lointaine. J'ai découvert un pays, mon pays d'origine, en pleine reconstruction et que j'aurais tant aimé connaître avant. Nous nous sommes rendus à la crèche où nous avons reçu un accueil très chaleureux et plein d'émotion. J'ai découvert que beaucoup d'enfants comme moi avaient été recueillis à la crèche Saint-Vincent de Paul. J'ai eu cette chance d'avoir été adoptée légalement, et de me voir offrir ainsi la possibilité d'une vie meilleure, contrairement à beaucoup d'enfants, orphelins, malades ou handicapés, qui sont restés au Liban et qui ont subi cette guerre, ou qui sont partis dans des voies différentes. J'ai eu une famille adoptive formidable. Maintenant, j'ai mon mari et mes enfants, mais il me manquera toujours quelque chose, un vide à combler: retrouver cette femme, ma mère, qui m'a portée pendant 9 mois, encourant peut-être des dangers, prenant peut-être sur elle de me confier à d'autres pour préserver ma vie et la sienne, et me donner la chance d'une vie meilleure. J'espère qu'elle aura refait sa vie. Je ne lui en veux pas de m'avoir abandonnée, elle n'a pas pu faire autrement. Je ne peux, ni ne veux la juger. Je voudrais la retrouver, renouer avec mes origines et mon histoire pour vivre en paix. Mettre un visage, un nom sur cette mère qui m'a mise au monde et dont j'ai peut-être le sourire ou le regard et pouvoir transmettre mon histoire à mes enfants qui sont aussi une part d'elle. Au-delà des souffrances réciproques, je voudrais me voir dans son regard, lui dire combien elle me manque, partager des sourires et l'embrasser pour la remercier de son courage. J'espère qu'elle est heureuse et que nous pourrons bientôt nous retrouver. Bien sûr, je serais heureuse de rencontrer mon père, d'autant plus que si cette rencontre avait lieu, cela voudrait sans doute dire que j'ai retrouvé ma mère biologique, et peut-être une deuxième famille avec des demi-frères et sœurs. Mes parents adoptifs comprennent mon désir de connaître mes origines. Si, au départ, ils ont été surpris de ma démarche, ils l'acceptent aujourd'hui et cela ne remet en rien en cause mon profond attachement pour eux. Cette quête m'appartient, fait partie de mon histoire et ils acceptent de ne pas en connaître tous les détails."

"Vous cherchez une perle dans le sable de l'océan"
"Face aux questions qui me tenaillaient, il m'a semblé que je ne pourrais jamais comprendre les conditions de ma naissance si j'observais les choses à travers le filtre de ma seule culture française. Trop de différences, trop de richesses de part et d'autre, troublent l'analyse. Dès lors, il me fallait faire l'effort d'essayer de découvrir certains traits de mon pays d'origine, de son histoire et de sa culture. Toujours ce souci de mieux comprendre, sans juger. Mon voyage au Liban, la lecture régulière de la presse libanaise francophone, les échanges qui se poursuivent toujours avec les sœurs de la crèche, avec d'autres adoptés, avec des Libanais ou Libanaises via Internet, constituent les sentiers de découverte que je parcours sans relâche. Lors de mon voyage à Beyrouth, un Libanais avec qui j'évoquais mes recherches, me déclara: "Vous cherchez une perle dans le sable de l'océan." Aller à la rencontre d'une autre culture est une façon de connaître cet océan, de mieux deviner les contours d'une côte, de localiser les zones sablonneuses en espérant qu'un jour le souffle du destin balaie le sable recouvrant l'objet de ma quête. "La vérité existe, on n'invente que le mensonge", a écrit un auteur. J'espère que les personnes qui détiennent cette vérité répondront à mon appel." top


Laurencia

 

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